Bruges brûle d’un feu doux - A/R Magazine voyageur 2019

Bruges brûle d’un feu doux

Retrouver l’incandescence brugeoise

A partir de l’an mil, le commerce du lin, du chanvre et des draps de laine ont en effet fait la fortune des entrepreneurs flamands. Commerçants génois et vénitiens se pressaient dans le port de Bruges, y échangeant les productions locales contre les épices et la soie de l’Orient. Les trois siècles qui ont séparé la bataille de Courtrai (1302), premier pas vers une autonomie des Flandres, du règne de Charles Quint, monarque le plus puissant du seizième siècle, né dans la ville voisine de Gand, ont laissé tout au long des sinueuses rues pavées de Bruges leur lot de splendeurs : harmonieux alignements de maisons de briques aux pignons crénelés, églises aux tours fuselées, façades flamboyantes…

Mais, pour réellement retrouver l’incandescence brugeoise, il faut prendre le temps de pousser quelques portes, comme celles des musées Groeninge, où resplendit le manteau écarlate d’une Vierge de Jan Van Eyck, et celles de l’Hôpital Saint-Jean, où luit dans l’obscurité de la chapelle un chatoyant retable de Hans Memling. Il faut faire l’effort de grimper les 366 marches du Beffroi médiéval pour s’imprégner des notes chaudes et printanières de ses cloches martelées par un carillonneur facétieux, capable d’une citation de I will survive entre deux airs plus classiques. Il faut s’écarter légèrement du centre historique pour pénétrer le Concertgebouw, salle de spectacles géométrique montée sur ressorts, inaugurée en 2002, l’année où Bruges était la capitale européenne de la culture.

Le « Slow(36h) », un festival dédié à l’art de la lenteur

Justement, en cette mi-février, le Concertgebouw organise « Slow(36h) », un festival dédié à l’art de la lenteur. Dans sa vertigineuse salle de musique de chambre, un ensemble soufi lance ses chants vers le ciel et la philosophe Joke Hermsen, auteure de Stil de tijd (Arrêtez le temps) prélude les Suites pour violoncelle de Bach. « C’est un appel à ralentir pour oublier le temps de l’horloge, à faire l’expérience du temps comme durée, à se retrouver, une invitation à la concentration et un plaidoyer pour la simplicité et le minimalisme  » explique Jeroen Vanacker, directeur artistique de l’établissement.

Le jeune homme, qui prépare pour la fin mars un festival sur le thème du cosmos, ne voit pas pour autant Bruges comme une ville « slow ». « Evidemment, elle n’est pas aussi grande que Gand, Anvers ou Bruxelles, mais pour, sa taille et sa population, il y a beaucoup à voir et à faire, surtout en matière de culture. Ce qui est très intéressant dans cette ville, c’est la combinaison de l’ancien et du nouveau. Au Concertgebouw, on juxtapose la musique ancienne et de nouvelles créations. De même, il y a un renouveau de l’artisanat en ville, avec le projet “Handmade in Bruges” ».

Les artisans sont en effet de retour, à moins qu’ils ne soient jamais partis. Descendants indirects des tailleurs de pierre, peintres et tisserands du Moyen Âge, ils sont aujourd’hui luthiers, bijoutiers, graveurs, confiseurs ou brasseurs. Même si elles ont changé, leurs activités restent en phase avec un mode de vie qui semble immuable, fait d’épicurisme et de discrétion, de souci du détail et de temps suspendu. « Ici, il n’y a pas de métro. On entend le bruit des calèches qui passent sous nos fenêtres. On ne court pas comme dans les grandes villes » indique Djamil Zenasni. Ce tapissier qui tient boutique à une centaine de mètres de la place de l’hôtel de ville, le Burg, sait qu’il peut compter sur la patience de ses clients. « Pour refaire un fauteuil à l’ancienne, il faut mettre des sangles, puis des ressorts, lier les ressorts entre eux, mettre le crin, faire les patrons, couper les tissus, coudre… Je préviens souvent les clients qu’il me suffit de 3 ou 4 commandes pour être débordé. Mais ils savent prendre leur temps. A Paris ou à Londres, les gens sont stressés et donc nerveux. Ici, les gens sont plus sereins, plus accueillants. Ils ont toujours du temps à accorder aux touristes » ajoute-t-il pour conclure l’entretien… et peut-être d’accroître l’envie – déjà grande – de prolonger le séjour.

Bonnes adresses à Bruges

– Amuni : Burg 9 (pour ses pizzas « slow food »)
– De Passage : Dweerstraat 26 (pour sa joyeuse ambiance de brasserie)
– De Republiek : St Jacobstraat 36 (pour l’ambiance décontractée de ce bistro)
– Hotel Marcel : Niklaas Desparsstraat 9 (pour sa situation idéale, à quelques pas du Beffroi)

Photos : (1) et (2) Jan D’Hondt, (3) Floris Van Severen

Plus d’infos : www.visitbruges.be

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Écrit par
François Mauger
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