L'ode de Julien Blanc-Gras à Porto - - A/R Magazine voyageur 2017
Porto par Tiago Pinheiro - Flickr CC

Un doigt de Porto : l’ode de Julien Blanc-Gras à la ville invaincue

Ici je vois

Comme sur une carte postale

Le pont Dom Luis qui s’étale

Les gamins qui plongent dans le Douro

Dans l’espoir de récolter des euros

Pour leurs petits saltos

 

Je vois

Les mouettes guettant les poissons imprudents

Le drapeau du Portugal fouetté par le vent

Le soleil fondant sur l’Atlantique lointain

Les palmiers dans les jardins Je vois

Une ville en pente

Des maisons jaunes et bleues et rouges

Des toits de tuiles

Des murs griffonnés de fresques

Et deux grues

 

Je ne vois pas

Les azulejos de ce palais blanc

Ils devraient être plus grands

 

Je vois une église, deux églises, trois églises, trop d’églises

Et je me dis : pourquoi visiter des monuments

Quand on peut se bourrer la gueule

Avec vue sur une ville posée là depuis

Depuis combien de temps ?

Depuis huit siècles avant le Christ

 

Je vois

Les enseignes des maisons de Porto

Taylor’s Graham’s Offley Cockburn’s Sandeman Cruz Barros

Et toutes les autres

Si tu prends le téléphérique

On t’offre un verre

Il y a même un funiculaire

Des métros qui passent sur le pont

Des bateaux qui passent sous le pont

 

J’entends

Tous les Français en vacances

Les milliers de cliquetis des selfies

Je le fais aussi

 

J’entends

L’air venu du large

Un guitariste venu d’Espagne

Qui joue Here comes the sun

À contretemps

Devant le soleil qui s’effondre

 

Je lis

Les poèmes de Pessoa sur mon Iphone

Pessoa qui je crois

N’a jamais posé un pied à Porto

Pessoa qui voulait n’être rien ni personne

Et qui littéralement

Était Personne

 

J’allume

Une cigarette devant la rivière

Le guitariste joue Smoke on the water

Le feu dans le ciel Porto aidant

Le spectacle enivrant

Devient érotique

Quand ses petits tétons pointent

Sous son haut moulant

De touriste asiatique

 

J’ai envie de baiser

Susurre une femme

Ça tombe bien

C’est ma femme

 

Le soleil

Est reparti

Je reste encore

Un peu ici

 

Photo à la UNE : Porto par Tiago Pinheiro – Flickr CC

Partager
Écrit par
Julien Blanc-Gras

Né en 1976, Julien Blanc-Gras est un écrivain et journaliste-reporter.
Après des études de journalisme à Grenoble, il obtient un DEUG d’histoire puis une maîtrise en journalisme, puis à Hull en Angleterre.

En 2005, il publie au Diable vauvert, « Gringoland », qui conte un périple latino-américain et sera ensuite lauréat du festival du Premier Roman de Chambéry et « Talents à découvrir » des librairies Cultura.

En 2008, il publie « Comment devenir un dieu vivant », une comédie apocalyptique déjantée, puis « Touriste » en 2011, et « Géorama » en 2014.

Il a également séjourné aux îles Kiribati à l’automne 2011 pour réaliser son livre, « Paradis (avant liquidation) » (2013).

Voir tous les articles