C’est une station de métro pimpante comme un pavillon de bain. Sa structure en fer est peinte en vert clair, les dalles de marbre en façade sont décorées de tournesols dorés. C’est la charmante station Karlplatz (1898) à Vienne qui a fait beau- coup pour la réputation d’Otto Wagner même si elle n’est pas vraiment représentative. Le style du grand architecte de la fin du XIXe siècle en Autriche était plutôt épuré. En témoignent ses autres stations de métro (des vrais petits monuments assez sobres), les immeubles de «rap- port », les villas qu’il se construit… même s’il ne craint pas les statues monumentales ou les décorations de métal forgé, le nouveau matériau de l’Art nouveau qui apparait à cette période dans toutes les capitales européennes.
L’exposition présentée à Paris, après Vienne, donne à saisir l’extraordinaire créativité de l’architecte. Si pendant longtemps il échoue dans les commandes publiques (trop en rupture, trop provocant…), il est peu de domaines qu’il n’ait pas abordés. Otto Wagner incarne le professeur respecté, l’urbaniste influent, le conseiller de la compagnie des métros et le théoricien reconnu de l’architecture moderne. Dans ses moments libres, il dessine des meubles, des décors, des services à café… Bref, il s’impose comme une figure majeure de la Vienne de 1900.
Un maitre dans son domaine
Aujourd’hui encore, les visiteurs peuvent suivre un véritable « parcours » Wagner dans la capitale autrichienne. Mais ils doivent visiter l’exposition pour admirer les magnifiques dessins que le Wien Museum a conservés — souvent liés à des projets que l’architecte n’a jamais réalisés. En 1899, Otto Wagner rejoint le fameux groupe de la « Sécession », qui rassemble les artistes rebelles, avant de le quitter en 1905.
Au fond, il s’est déjà imposé comme un maître. Il a fini par obtenir sa place sur le Ring, le boulevard le plus prestigieux de la capitale. Il va y construire une de ses œuvres maîtresses : la Postsparkasse. Aussi appelé la Caisse d’épargne de la Poste (1904-1906) où il impose une façade qui associe le marbre à l’aluminium. La monumentale salle des guichets est éclairée par une double verrière. Otto Wagner meurt en 1918, avec l’Empire austro-hongrois dont il avait façonné la capitale. Cent après, la Postsparkasse reçoit toujours ses clients dans la banque devenue monument historique.
Otto Wagner jusqu’au 16 mars 2020 à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine à Paris : www.citedelarchitecture.fr
Circuit art nouveau à Vienne : www.wien.info/fr
Lisez les autres articles de Jean-Luc Eyguesier dans notre rubrique Architecture
