Ni gars, ni fille à Amsterdam - A/R Magazine voyageur 2018

Ni gars, ni fille : le dernier épisode du guide du queutard à Amsterdam

Amsterdam. Cette ville, où le sexe est partout, a pourtant supprimé les notions de masculin et féminin. Depuis juillet 2017, la municipalité d’Amsterdam ne débute plus ses lettres par « Madame, Monsieur », comme c’est généralement l’usage, mais par « chers concitoyens, chers habitants, chères personnes présentes ». Encore plus fort, dans les documents, les notions de « fille » ou « garçon » ont été remplacées par « fille à la naissance » ou « garçon à la naissance ». Sur les quais de gare, le haut-parleur ne dit plus « mesdames, messieurs », mais « chers voyageurs ». Cela concerne même les toilettes du bâtiment de la mairie, qui comportent des cabines « sexe neutre ».

 

À bas les stéréotypes

 

Les activités commerciales commencent aussi à suivre le mouvement. Par exemple, la chaîne de magasins Hema a supprimé les indications « garçons » et « filles » dans les rayons de vêtements pour enfants. Ceci, pour réduire l’influence des stéréotypes de genre, et aider quiconque à s’habiller en jupes ou en pantalons, indépendamment de son sexe de naissance. Cette révolution s’inscrit dans un mouvement déjà bien entamé aux Pays-Bas, où la mention du sexe a déjà disparu de divers documents officiels (formulaires de sécurité sociale, cartes d’électeurs et d’étudiants…).

 

Amsterdam, terre de tolérance

 

L’objectif n’est pas de nier les différences physiologiques, mais de permettre aux citoyens de définir librement leur genre social, et de favoriser l’intégration des personnes transsexuelles. Et on pourrait aussi parler des hermaphrodites — qui possèdent à la fois les organes génitaux mâles et femelles —, ou des personnes dites « intersexes » — qui ont des organes génitaux « ambigus », tels un micropénis ou un clitoris surdéveloppé… À la fin des années 1960, il y a eu la libération sexuelle, qui séparait plaisir et reproduction : on pouvait enfin baiser sans enfanter. C’est une deuxième révolution sexuelle qui se profile là-dessous : on peut choisir son genre, en se libérant de la physiologie. De même que Simone de Beauvoir disait « on ne naît pas femme, on le devient », à Amsterdam, on peut naître homme ou femme, et choisir de devenir femme ou homme, ou ni l’un ni l’autre, ou les deux à la fois… À Amsterdam comme ailleurs, il y aura évidemment encore des pénis et des vulves. Mais cette abolition de la dichotomie masculin/féminin confirme l’avant-garde des Pays-Bas en matière de tolérance.

 

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Photographe : Christophe Migeon
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Écrit par
Antonio Fischetti
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