Plage à part à Trieste - A/R Magazine voyageur 2017
Plage à part à Trieste - © Phill Connell Flickr Creative Commons

Bronzer sur la seule plage non mixte d’Europe à Trieste

La seule plage non mixte d’Europe se trouve en Italie, à Trieste. Hommes et femmes y sont séparés par un mur. Une particularité qui date de plus d’un siècle et que les habitants veulent absolument conserver.

 

Bronzette et plage à part à Trieste

 

Non, nous ne sommes pas en Arabie Saoudite ni en Iran. Mais dans un pays réputé pour l’art du paraître et de la drague : l’Italie. Précisément à Trieste, au nord-est du pays, sur la côte Adriatique. En plein centre-ville se trouve une plage nommée « Pedocin », ou « La Lanterne ». Sa spécificité ? Un mur sépare les hommes des femmes. Un mur blanc, tout en béton, de trois mètres de hauteur. Les femmes à gauche, les hommes à droite. L’édifice se prolonge d’une dizaine de mètres dans la mer, et au-delà, un filin continue de marquer la séparation entre les sexes.

 

« On peut montrer nos défauts, on peut même garder nos bigoudis »

 

Dans l’eau, on s’observe de loin, les couples momentanément séparés peuvent venir se toucher la main ou papoter, mais rien de plus. Il va de soi que les gens viennent volontairement ici. Partout aux alentours, les plages sont mixtes. N’allez pas vous méprendre. Ce ne sont pas des bigots ou bigotes coincé(e) s du maillot qui fréquentent le Pedocin. Les femmes sont les plus assidues et leurs arguments convergent. Du genre : « On ne se sent pas observées par les hommes, et on peut montrer nos défauts, on peut même garder nos bigoudis ». Pour certaines, c’est le moyen de peaufiner le bronzage en début de saison, avant de s’exposer aux regards masculins sur les plages mixtes. Il y aussi l’envie d’échapper aux assauts plus ou moins délicats des dragueurs : « Nous avons la paix pour quelques heures, sans être embêtés par les garçons ». Certaines n’hésitent pas à parler d’un « mur libératoire ». Du côté des hommes, même si l’enthousiasme semble un peu moins prononcé, on lâche parfois quelques commentaires du même acabit : « les femmes, on les a toute la journée à la maison, ici on est en paix. Et on les aime davantage après quelques heures passées sans elles ».

 

Un mur révélateur des différences entre hommes et femmes

 

Ce mur a été dressé en 1903 pour respecter les règles de décence en vigueur sous l’Empire austro-hongrois auquel appartenait Trieste. Les années ont passé, les mœurs ont évolué, Trieste est revenu dans le giron italien, cependant le mur est resté en dépit de plusieurs tentatives pour l’abattre. Par référendum la population s’y opposa toujours et obtint qu’il soit reconstruit la seule fois où sa vigilance fut prise à défaut en 1959. Cela peut paraître paradoxal, mais les habitués de cette plage la voient comme un espace de liberté. Il y a sans doute quelque chose du hammam pour les femmes, ou du club de foot pour les hommes. Mais cela va plus loin que l’embonpoint ou les bigoudis.

 

La non-mixité révèle parfois des différences psychologiques, voire philosophiques. En 2016, l’un des réalisateurs du documentaire La dernière plage rapportait que « les hommes parlent souvent de la mort ; tout ou presque est lié à la peur de mourir. De l’autre côté, les femmes veulent vivre. » Heureusement, en Italie, les sexes ne restent jamais longtemps séparés. Un jour par an, fin septembre, une porte s’ouvre dans le mur. L’occasion de danser et boire ensemble, activités qui pourraient se dérouler partout ailleurs et n’importe quand, mais qui prennent une autre saveur ici, et ce jour-là. On se sépare pour mieux se retrouver. De la séparation comme jeu amoureux ? Il faut bien être rital pour imaginer ça. Exergue « N’allez pas vous méprendre. Ce ne sont pas des bigots ou bigotes coincé(e) s du maillot qui fréquentent le Pedocin. » 

 

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Écrit par
Antonio Fischetti
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