Simon Ruiz, caméra aux poings

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Depuis plus de dix ans, le photo-reporter Simon Ruiz s’intéresse aux traditions des peuples autochtones d’Amérique du Sud. Donnant de sa personne, il est descendu dans l’arène pour se battre lors du Takanakuy, un évènement autour duquel des combats rituels mettent aux prises des membres d’une communauté Quechua. Il en revient avec des bleus et un documentaire diffusé sur YouTube : Quand le sang bout. On fait le point.

C’est quoi le Takanakuy ?

C’est une tradition autochtone née autour de 1850 dans le village de Santo Tomás, près de Cusco dans les Andes péruviennes. Elle autorise trois jours par an autour de Noël, les membres de la communauté à se battre à mains nues pour régler des rivalités, des différends ou défendre son honneur. Au départ, j’en avais une image très violente, mais je me suis rendu compte qu’il y a aussi une dimension philosophique.

Comment as-tu fait pour te retrouver dans l’arène ?

J’y suis allé une première fois en 2022 pour un photo-reportage. Sa publication avait provoqué des réactions très négatives, du genre : « Ce sont des barbares, des sauvages », alors que ce n’est pas vrai. Deux ans plus tard, un qmi rencontré là-bas m’a proposé de revenir et cette fois de combattre sous les couleurs d’une famille. Une première pour un Occidental. Comme j’avais envie de faire un film, j’ai accepté. En plus, c’était l’occasion de modifier la première impression laissée par mon reportage.

Comment as-tu vécu cette expérience ?

Il faut imaginer une arène avec des gradins accueillant 5000 personnes ; et au centre de l’arène, un cercle formé par des centaines de spectateurs debout où le duel se déroule. C’est plutôt impressionnant. Le combat est bref. Dès qu’un combattant tombe ou subit trop, l’arbitre met fin à la bagarre. Le Takanakui est à la fois une rencontre sportive, un tribunal et une fête. À la fin, on se réconcilie en se prenant dans les bras pour faire un abrazo. Ce qui m’a dérangé, c’était de me battre contre quelqu’un qui les jours précédents était devenu une sorte d’ami. Étrangement, la veille, ses parents m’avaient invité pour le repas de Noël et sa mère m’avait dit de ne pas y aller de main morte.

Quelle image forte gardes-tu de ces combats ?

La participation des femmes. Il y a dix ans, c’était interdit. Lors de ma première visite en 2022, j’ai vu deux combats de femmes. La fois suivante, la moitié des combats mettaient aux prises des femmes. Alors qu’elles étaient cantonnées aux rôles de chanteuse ou de danseuse, elles ont su se faire une place.

Est-ce que tu penses qu’on devrait introduire le Takanakuy en France ?

Non. Pour eux, c’est une tradition ancienne dans laquelle ils baignent depuis leur plus jeune âge. En France, elle serait hors sol et on pourrait craindre des débordements.

Écoutez le podcast mené par Océane Wodzynski pour découvrir l’entretien intégral.

Retrouvez un entretien avec Simon Ruiz dans le AR74 avec en couverture le Guatemala et ne ratez pas son film sur le Takanakuy, Quand le sang bout, disponible sur  YouTube.

Découvrez également son dernier documentaire, Héritage , dans lequel Simon retrace des identitées et la transmission culturelle. Il entremêlent 3 histoires  :  celle des Gavião d’Amazonie brésilienne, un peuple autochtone qui a failli disparaître et qui a choisi le sport pour résister.   Celle des catalans et l’USAP de Perpignan.  Et enfin, son histoire, Adopté à 3 mois. Élevé à Perpignan dans la culture catalane. 


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