#44 – Élodie Arrault, aventurière humanitaire

Avant de te rencontrer, je suis allée traîner un peu sur le net quand même, voir un peu d’où tu venais, et alors à un moment tu poses avec ton vélo devant un graffiti qui dit “l’impossible, c’est pour aujourd’hui, demain, ce sera trop tard”. 

Et oui, c’est très vrai, en fait, il faut… On peut toujours avoir des raisons de reculer un projet, parce que ceci, parce que là, parce que c’est dangereux, mais si j’avais reculé ne serait-ce que de quelques mois, je n’aurais même pas pu aller ni au Mali, ni au Burkina, ni au Niger, puisqu’aujourd’hui je ne peux plus avoir de visa. 

 

Bonjour c’est Sandrine Mercier, rédactrice en chef de AR et tu écoutes Aller-Retour le podcast du magazine voyageur et aujourd’hui accroche toi, on va vers l’impossible avec Elodie Arrault. Elle est comme ça Elodie, elle a un rêve et elle le suit. Il y a quelque chose dans sa dégaine, dans l’éclat de ses yeux vert qui dit l’ivresse de la liberté. L’aventurière de 50 ans ressent l’appel de l’Afrique quand elle entend parler de la grande muraille verte. Ce tracé végétal qui doit faire reculer le désert en Afrique Subsaharienne. Elle cherche un projet qui a du sens et la voilà partie entre Dakar et Djibouti, à pieds, à vélo, en bus, à dos de dromadaires. 8000 kilomètres à la rencontre de porteurs de projets africains engagés dans l’agro-écologie et la reforestation du désert. Tu penses que c’est impossible, une femme, 50 ans qui s’attaque en solo à une traversée africaine par les temps qui courent. Et bien c’est mal la connaître, elle sort même une BD qui raconte cette aventure, ça s’appelle Dadji et c’est publié chez Futuropolis. Tu comprendras pourquoi Dadji et comment elle a vécu cette aventure entre 2023 et 2024 en écoutant ce podcast. Tu peux retrouver une partie de cet entretien dans AR actuellement en vente avec l’Ecosse en couv et une vache des Highlands toute décoiffée.

 

Alors là on est dans ta cuisine, à Marseille, il y a une carte du monde, alors ça c’est ton terrain, il y a des traces aussi en noir, marquées, et au milieu de la carte, il y a l’Afrique qui est vraiment au centre. Elle trône au milieu. Mais là il n’y a pas de trait et pourtant – Pourtant, tu l’as traversée, alors raconte -nous l’aventure. 

C’est vrai, t’as raison, je devrais être un très vert, en fait. Alors, je suis descendue en voiture… Ah oui, je peux bouger ou pas ? De France, je suis descendue en voiture, en co -voiturage, avec une copine qui habite à Noix-chotte. Ensuite, je suis partie de Noix -chotte en vélo jusqu’au Sénégal et du Sénégal jusqu’au Mali. Et après, j’ai plutôt circulé en bus jusqu’au Niger, je ne pouvais pas circuler, j’ai dû prendre malheureusement un avion jusqu’au Tchad. Après, on a traversé tout le Tchad à pied avec des chameaux sur la partie Sarah, sur mille kilomètres. Et là, la guerre au Soudan a éclaté. Donc, pas possible de continuer. Retour en France quelques mois. Et en espérant que… D’abord pour eux, que ça se règle, ce qui n’a pas été le cas. Donc, on est revenu d’Éthiopie directement, et on a fini le trajet à nouveau en vélo, on a fait comme un espèce de huit dans la vallée du Rift, et ensuite, ça c’est plutôt notre voyage à nous perso, on a fait un petit saut à Lalibela pour voir ces magnifiques églises creusées dans la roche, et après on a bifurqué vers l’est, vers Arar avant de rejoindre Djibouti. 

 

Donc l’idée c’était Dakar Djibouti en longeant la grande muraille verte. Comment est venue cette idée ? 

Comment est venue cette idée, tout simplement en lisant un article. En fait, j’avais déjà l’idée de traverser l’Afrique plutôt du nord au sud, ce qui se fait plus classiquement. Et un jour, j’ai lu un article sur cette muraille verte. Bon, j’aime la nature depuis toujours, l’environnement et je travaille dans le monde de l’huile d’olive, donc j’aime bien travailler la terre. Et quand j’ai vu cet article, j’ai dit “Wah, génial, je voulais traverser l’Afrique avec quelque chose qui est du sens”. Et quand j’ai lu ça, j’ai dit “Voilà, c’est ça, en fait, je vais traverser l’Afrique en allant à la rencontre des gens qui travaillent pour ce grand projet”. Ça s’appelle “Dadji”. Mon projet à moi, le périple, je l’ai appelé “Dadji”, c’est une contraction de Dakar du Djibouti et la muraille verte, ça, c’est un grand projet pan-africain qui, il y a quelques années, puisque c’est né dans les années 2005-2007 qui vise à lutter contre la désertification et qui a pleins de tiroirs derrière, c’est donner de l’emploi aux femmes, aux jeunes, lutter aussi contre les migrations, fixer les gens sur leur terre, lutter contre le terrorisme aussi, puisque si on reste sur les terres, on est présent. Enfin voilà, c’est plein de sujets. Ça répond aux enjeux sociaux, économiques de l’Afrique. Et ça répond aux enjeux environnementaux de la planète en entier, en fait. 

 

Et ça, du coup, c’était à la croisée de tout ce que tu aimes. La nature, le sport, la rencontre avec les gens, les femmes… 

Exactement. C’est venu cristalliser toutes mes aspirations profondes, donc l’engagement physique, le sport, l’endurance, l’Afrique, et puis cet amour pour la terre. Voilà, c’est ma contribution, ma petite contribution pour la terre. 

 

Il fallait que ça ait du sens. Un exploit physique sportif, ça ne suffisait pas ? 

Non, non, c’est pas ça qui m’intéressait. Je ne suis pas du tout dans cette recherche d’exploit. Puis de toute façon, sur cette traversée, ce n’est pas le fait d’être sur le vélo, qui est le plus difficile. C’est le fait de mettre tout en œuvre dans des conditions géopolitiques et sécuritaires qui ne sont pas simples. Ça, c’était ça le plus compliqué. 

 

Alors avant que tu partes, parce que tu es une femme, on connaît ce qui se passe avec le terrorisme, le djihadisme dans toute cette zone. Qu’est-ce qu’on a dit de toi, tes enfants, tes amis, qu’est-ce qu’ils ont pensé de ton idée ? 

Bon, il y a plein de sujets. Mes enfants, deux sur trois, enfin, j’en ai trois, donc il y en a une qui comprend pas du tout. Le dernier, il n’aimait pas du tout que je parte dans certains pays, et l’aînée qui est plus grande et plus voyageuse, comprenait peut-être un petit peu mieux. Ma famille, je crois qu’elle ne comprend pas toujours, mais elle est habituée à me voir partir. Sinon, de mes proches, de mes amis, il y avait cette crainte au niveau sécuritaire, mais bon, j’écoute ce qu’on me dit, je prends la mesure des choses, mais après, je fais mes choix. Et sur place, il y avait l’art de rester en lien avec la France et parfois les ambassades, les consulats, tout en étant discrète parce qu’évidemment, ils n’aimaient pas ce que je faisais, et être en lien aussi avec les autorités locales pour être au courant de ce qui se passe. Parce que parfois évidemment, je suis passée dans des zones qui ne sont pas recommandées par le ministères des affaires étrangères, mais je n’ai fait ça que quand j’étais sûre de pouvoir le faire, parce que j’étais en lien avec des personnes locales qui me garantissaient, enfin garantissaient, me disais qu’à ce moment-là, sur cette zone-là, je pouvais passer. 

 

Pas de mauvaise rencontre ?

Non, pas de mauvaise rencontre, j’ai eu beaucoup de chance, j’ai eu quand même peur, enfin, l’endroit où j’ai eu le plus peur, c’est à la frontière Mali / Burkina dans le bus, parce que je sentais bien que les Africains, eux -mêmes, avaient peur pour eux. Et dès que le bus ralentissait, les gens se levaient, regardaient. Le policier m’a engueulé, voilà. Et c’est pour ça qu’après, je n’ai pas tenté le coup pour la frontière, pour aller d’Ouaga à Niamey, parce que là, l’idée n’était pas de me mettre en insécurité moi, mais c’est que je sentais que j’allais mettre en insécurité les Africains eux-mêmes. Donc là, non, je n’ai pas joué. 

 

Et alors l’idée d’aller jusqu’à Djibouti, c’était aussi, il y avait cette idée de transporter des graines. 

Oui, alors c’est vrai, que j’en ai transporté au départ, mais on va dire que c’était plus allégorique qu’autre chose en fait. J’ai appelé caravane de graines, j’avais effectivement des graines de moringa avec moi, parce que c’était un arbre / arbuste qui permet d’amener les agriculteurs à l’agroforesterie, parce qu’ils poussent vite. Mais surtout, c’était une image en fait. Mais l’idée, c’était d’aller créer du lien entre les différents pays, entre les différents projets, grâce à cette idée de choses qui poussent.

Parle nous d’une plante qui t’as vraiment accompagnée, par exemple, dans ce voyage. 

Alors, bon, je peux terminer par l’arbre que j’ai planté à la fin à Djibouti, parce qu’en fait, l’idée, c’était dans chaque pays de planter un arbre. Et en plantant cet arbre, en creusant le trou pour planter l’arbre, je récupérais une poignée de terre. Donc je les ai conservé sur moi et à Djibouti, 

A l’endroit où j’ai planté le dernier arbre, donc un Acacia, j’ai mélangé en fait la terre de tous ces autres pays pour planter l’arbre. C’était symbolique et j’ai conservé une poignée de terre de Djibouti, elle est là ici dans l’appartement. Donc oui, on pourrait parler de ce dernier arbre planté, puisque c’est vraiment l’arbre qu’on trouve tout du long, c’est l’Acacia. Bon alors il y a plein plein de variétés d’Acacia, mais là je vais parler de l’Acacia senegal et qui lui permet de récolter la gomme arabique, qu’on peut retrouver beaucoup au Soudan, bon j’y suis pas allée mais je sais qu’il est très présent au Soudan, il est aussi très présent au Tchad. Et cette gomme arabique, on la retrouve dans, ça on ne le sait pas, mais on la retrouve dans je ne sais pas combien de pourcent de produits qu’on consomme aujourd’hui, notamment tous les médicaments sont entourés de cette gomme arabique. C’est un arbre intéressant, ne serait-ce que pour ça et qui vit partout. 

 

C’est un arbre intéressant aussi parce qu’il donne de l’ombre quand on traverse j’imagine.

Avant tout, c’est l’ombre et puis surtout, tant qu’on plante, on limite l’érosion des sols. Parce qu’en fait ce qui se passe, c’est que plus le désert, enfin oui, le Sahara avance, plus les arbres disparaissent. En fait, c’est un cercle vicieux. C’est-à-dire que le vent s’engouffre dans ces endroits où il y a de moins en moins d’arbres. Ensuite, la pluie, elle, arrive et fait la même chose, et c’est comme ça que commence l’érosion des sols, en fait. Et ça ne fait que s’enchaîner. 

 

Et alors physiquement, comment ça s’est déroulé, par exemple, à vélo déjà pour traverser le Mauritanie, le Sénégal ?

Ben, physiquement, ça s’est plutôt bien passé. C’est vrai que le vélo est un moyen de locomotion sur lequel on peut quand même supporter la chaleur parce qu’on crée du vent. Donc même si on a très chaud, c’est faisable et puis je m’arrêtais aux heures chaudes. J’ai pas eu de problèmes particuliers, je suis tombée malade une fois en arrivant à Touba, je me souviens très bien. J’ai eu de la chance d’être recueillie par un jeune qui m’a prêté son logement parce que là vraiment mon corps à lâcher sur le vélo. Sinon, j’ai pas eu de problème particulier, j’ai eu de la chance et le vélo a été super sympa aussi. Parce que c’est un vélo que j’ai acheté d’occas aux arrivages à Nouakchott. Voilà, il a tenu jusqu’à Djibouti. 

 

Et le soir tu dors où ? 

Alors, en Mauritanie, j’étais avec un ami Mauritanien que j’avais rencontré avant en venant de faire une expédition avec un archéologue français qui venait finir le travail de Théodore Monod, et Cher, il adore faire du vélo, donc je lui ai dit que je reviendrai fera du vélo ensemble, donc il est venu avec moi, donc là on allait chez des gens comme ça, mais c’était facilité parce qu’il parlait mauritaniens, etc. Mais pour moi c’était une introduction parce qu’après du coup au Sénégal, j’ai pratiqué ça toute seule. C’est-à-dire que j’arrivais dans les villages, souvent c’était des villages Peul et je demandais à rencontrer le chef du village et je demandais l’autorisation à dormir là et la plupart du temps, 100 % des cas c’était oui et en plus on m’offrait un lit enfin c’est un lit en bois qui est dans la cour dehors mais moi je rajoutais mes affaires dessus et ma moustiquaire et je dormais là Et en plus, souvent on m’offrait un repas et les enfants venaient jouer avec moi. C’était toujours un très beau moment de partage. 

 

D’autres souvenirs, de rencontres avec des femmes, peut-être des associations que tu as soutenu aussi tout au long du chemin ? 

Oui, je pense à une belle association. Alors là, j’avais été mise en lien, quand même, depuis la France. Ça, c’était au Burkina, et j’ai été reçue chez une femme qui s’appelle Jeanne, qui depuis des années de travail avec une petite association française qui elle-même est soutenue par la Fondation Yves Rocher, et Jeanne et son fils Paterne m’ont reçu chez eux dans leur concession, et j’ai dormi par terre sur le matelas avec les enfants, c’était génial, et on est partis tous les deux à moto le lendemain matin pour aller voir les plantations et tout ce qui était fait depuis 20 ans, puisque depuis 20 ans ils plantent des arbres avec cette association française, c’était une très belle rencontre. 

 

Des arbres toujours pour lutter contre la déforestation, contre l’avancée du désert ? 

Oui, c’est à la fois, alors c’est aussi des arbres fruitiers pour donner des ressources aux personnes qui vivent là. Ça fait partie de la sécurité alimentaire, en fait, mais aussi pour éviter l’érosion des sols, donc des arbres. Et puis aussi, là-bas, ils utilisent beaucoup le vétivère. C’est  une plante qu’on connaît pour le parfum, parce que ces racines servent au parfum. Mais en fait, là-bas, Ils s’en servent comme clou végétal, c’est-à-dire qu’on fait un petit monticule de terre pour éviter à l’eau de ruisseler. Et ensuite, on fixe ces pierres avec cette plante. Et comme ça, ça tient, voilà, petit exemple. 

 

Alors ce projet, en tout, ça a pris combien d’années dans ta vie ? 

Oh là, si je compte tout, je dirais au moins 5 ans. Ouais, entre l’idée, ça dépend d’où je pars, je dirais peut-être même plus entre l’idée de traverser l’Afrique. Mais à partir du moment où j’ai lu cet article sur la muraille verte, je me suis dit “ok, c’est ça que je vais faire”. Oui, je dirais 5 ans. 

 

Et pour faire cette traversée d’à peu près 8 000 km, tu l’as faite en combien de temps ? 

Il y a une première tranche de 7 mois et une deuxième tranche de 2 mois. En fait, j’avais imaginé plutôt un an parce que là ça fait neuf mois, mais comme le Niger a été très raccourci et que le Soudan n’a pas pu se faire du tout, voilà, il y a un petit peu moins mais ça fait déjà pas mal. 

 

Et pour mettre en œuvre ce projet, j’ai vu que t’avais vendu ta maison et tout c’est vraiment un projet total pour toi ? 

Oui oui c’était un vrai engagement. En fait c’est-à-dire que pour partir aussi longtemps, en plus, moi, je n’avais pas de sponsor, ni de mécène, pour ça. Parce que dès qu’on parle du Sahel, même s’il y a des gens intéressés ou des fondations qui travaillent, elle-même, sur ce sujet -là, on sent bien une réticence. Et je le comprends, être officiellement derrière, à aider une personne qui va prendre des risques. Donc, en fait, je me suis dit, ce n’est pas grave. C’est mon initiative, c’est un grand voyage, donc j’ai financé toute seule. Donc pour ça, il fallait que j’aie un peu d’argent, il fallait aussi que je sois libre, j’aurais pu louer ma maison, mais il faut vraiment être libre de toute contrainte pour se lancer dans un tel projet. On peut pas être contacté en plein milieu du désert, parce qu’il y a un problème de chaudière, je ne sais pas quoi. Voilà, je voulais être complètement libre, donc j’ai cessé toute activité professionnelle. Si ce n’est qu’il y a quand même un contrat de signer avec une maison d’édition, Futuropolis, pour faire une BD sur ce grand périple. Donc il y a quand même un travail pendant et après, c’est-à-dire que j’ai écrit chaque jour et j’envoie de la matière à l’illustrateur qui lui dessine. Et là, j’étais en train d’envoyer des détails sur les baobabs, ce matin. Donc oui, ça m’a demandé beaucoup d’engagement avant de partir. 

 

Et donc, t’as engagé tout ça, mais t’as pas 20 ans ?

Non, j’en ai 52. Et donc, quand je suis partie, j’en avais 50. Je me suis dit que c’était, enfin, même 51. Ouais, entre 50 et 51. Oui, parce que j’ai passé la frontière Mali, non, Sénégal / Mali, le jour de mes 51 ans. Voilà, c’était mon cadeau d’anniversaire. Et d’ailleurs, j’ai réalisé que j’avais fait 51 kilomètres au moment où j’ai passé la frontière. Non mais c’est véridique, j’ai regardé mon téléphone, mon Strava. Et voilà, je me suis dit que c’était mon cadeau de moitié de vie et parce que j’ai décidé de vivre jusqu’à 102 ans. 

 

Mais d’où elle te vient, cette force, cette puissance ? T’es une fille un peu frèle quand même, plus de 50 ballets, un sourire assez grand, les yeux bleus qui pétillent, ça te vient d’où, cette force ? 

Je ne sais pas, merci en tout cas pour ces petits compliments. Je ne sais pas, j’ai l’impression que c’est naturel et qu’on peut tous avoir ça en soi. Peut-être la chance, la confiance de faire vivre ce qui nous anime. Je pense que c’est une vraie ressource et j’ai cette ressource-là, ouais.

 Découvrez une partie de l’entretien de Élodie Arrault dans le AR71 et sa BD Dadji  avec les  dessins de Joël Alessandra,  publié chez Futuropolis. 


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