Née de la volonté de George Washington, qui lui a légué son nom, la capitale des États-Unis s’épanouit dans la diversité de ses communautés. Échappée historique, culturelle et gourmande dans cette « petite ville » étonnante.


Peintures murales ©️ Sylvie Brieu
Derrière son image policée et sérieuse, Washington DC, DC (District of Columbia) pour les intimes, s’épanouit dans les nuances et les extrêmes. Côté pile, la blancheur et la raideur de ses édifices de style néo-classique. Côté face, une ambiance internationale, colorée et conviviale, parfois déjantée avec une touche d’avant-gardisme. Au-delà de la Maison Blanche et du Capitole, sièges du pouvoir politique, Washington dégage une douceur de vivre façonnée par les influences africaines, asiatiques, latino-américaines et européennes notamment dans le domaine de la cuisine. À découvrir à l’infini, selon ses envies
French touch ?
Après avoir choisi d’installer le gouvernement de la jeune nation américaine sur les rives du Potomac, sur un terrain cédé par le Maryland et la Virginie, et plus tard appelé District of Columbia, George Washington confie en 1791 à un architecte français, Pierre Charles L’Enfant, la mission de concevoir le plan de la ville. Contraint à la démission dès 1792, ce dernier part avec ses ébauches, dont celle d’une immense esplanade de presque trois kilomètres.
Finalement construite au début du XXe siècle quand on remet la main sur ses travaux, elle s’étire du Capitole au Potomac en passant devant la Maison Blanche. C’est le National Mall. Triomphe posthume donc pour Pierre Charles L’Enfant. La dépouille sera transférée au cimetière national d’Arlington juste en face de la perspective qu’il avait imaginée. Voilà pour la touche française de Washington. À la fois légère et monumentale.
Territoire autochtone
Évidemment, l’histoire de ce district ne commence pas avec Washington et Pierre Charles L’Enfant. Sur le Wharf, une plaque commémorative posée sur le sol, malheureusement peu visible, est là pour nous le rappeler : « À la confluence des rivières Potomac et Anacostia, la région connue sous le nom de Southwest était peuplée d’Amérindiens bien avant que son histoire écrite ne soit consignée pour la première fois lorsque le capitaine John Smith a cartographié la région en 1608. »
Longtemps ignorés, les Amérindiens et les Natifs d’Alaska et d’Hawaii ont désormais leur musée… face au siège du Congrès ! Le National Museum of the American Indian célèbre la beauté de leur héritage et leur contribution unique à l’identité nationale et au patrimoine mondial. Lors de son inauguration en 2004, sur l’esplanade verdoyante du Mall, le bâtiment ocre, tout en rondeur, a accueilli un gigantesque pow-wow historique.

Pour son vingtième anniversaire, cet été, plus de 250 artistes, sportifs et chefs cuisiniers, représentaient soixante Nations. Ils ont affiché avec fierté la vitalité de leurs identités durant une semaine de festivités organisée par le Folklife Festival. Parmi ces personnalités, de nombreuses femmes engagées au sein de leurs communautés. Sara Curruchich est une artiste maya originaire du Guatemala. C’est aussi la première femme autochtone à chanter dans sa langue maternelle le Kachiqel sur les scènes internationales.
Son énergie rebelle et débonnaire a enflammé le public, touché autant par le cri de sa révolte que par sa joie explosive. « Comme mes grands-mères, avec leur âme de guerrière, comme la terre, j’ai la peau brune. Je suis une femme indigène, petite-fille de la lune, c’est ma force », chante-t-elle sur un mélange de sonorités traditionnelles, folk, pop et rock. Son répertoire rend hommage à ses ancêtres, aux combats de ses pairs contre la violence et le racisme et à la force des femmes qui puisent leur résilience dans l’espérance.

Saveurs d’Asie
Parmi une profusion d’adresses, coup de cœur pour Moon Rabbit, le restaurant du chef Kevin Tien. Tout y est raffiné, élégamment présenté. Sa famille, originaire du Nord du Vietnam, a migré vers le Sud avant de fuir le pays en guerre pour se réfugier en Chine puis aux États-Unis, en 1968. Sur le menu original, on retrouve les influences de leurs itinérances. Né au Texas, le chef de 37 ans a grandi en Louisiane.

« Mes parents m’ont élevé sans vraiment me transmettre ma culture, raconte-t-il. Maintenant que je suis plus âgé, je souhaite renouer avec mes origines et en révéler la beauté. Avant d’ouvrir ce restaurant, je faisais de la cuisine gastronomique française et japonaise. La cuisine vietnamienne est souvent considérée comme non gastronomique. Je veux changer les mentalités à ce sujet. »
Jonglant avec les ingrédients, d’autres établissements fusion se sont fait des noms. Cranes, du chef catalan Pepe Moncayo, combine subtilement les saveurs de l’Espagne et du Japon.
Petite Éthiopie
Jumelée avec Addis Abeba, la ville et ses environs accueillent la plus grande communauté éthiopienne en dehors de l’Éthiopie. Entre U street et 9th street NW, s’agglutinent des dizaines de commerces signalés par des enseignes en amharique, la langue nationale.
Tandis que la diaspora se développe, la cuisine éthiopienne gagne en popularité. Des établissements ouvrent en dehors de ce périmètre. Autrefois surnommé le « Black Broadway », quand s’y produisaient des célébrités comme Duke Ellington et Billie Holiday.


Beyaynetu, plat éthiopien
C’est ainsi que le restaurant Ethiopic de Meseret Bekele, propose sur H street de délicieux mets traditionnels. L’ambiance communautaire est accueillante. « Notre pain injera à base de teff, et nos épices, nous sont expédiées chaque jour d’Éthiopie », explique la propriétaire entre deux services. Née en Éthiopie, elle a émigré aux États-Unis, mais n’a jamais rompu le lien avec ses origines. « Nous contribuons également à la construction de pompes à eau, d’orphelinats et d’écoles dans les zones rurales d’Éthiopie. »
Pratique
Y aller
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Visiter
À ne pas manquer, sur le Mall, face au Capitole, les 19 remarquables musées de la Smithsonian Institution. Tous sont gratuits.
