Lieu du rendez-vous : le Ngorongoro, un immense cratèreau nord-est de la Tanzanie. Il y a plus secret mais certainement pas plus sublime. Objet du rendez-vous : rencontres fortuites et sauvages avec de drôles de zigues à poils, à plumes et en cuir. Ça promet d’être chaud en dépit d’un petit air frais porté par l’altitude.
La première fois, ça surprend, la deuxième et la troisième fois aussi d’ailleurs. Puis on s’habitue, c’est comme tout. La première fois, on fait stopper brutalement le Toyota Land Cruiser sur le bord de la route asphaltée pour s’élancer dans la verte prairie toute piquetée d’acacias où batifolent des girafes. Les troupeaux de zèbres déclenchent les mêmes réactions hystériques au début. Freinage d’urgence et galop dans les herbes pour s’approcher des bêtes. Il n’y a pas une heure que l’on a quitté Arusha au nord de la Tanzanie, pas une heure que l’on a quitté la grande ville où siège pour encore quelque temps ce qui reste du Tribunal Pénal International du Rwanda et déjà on se frotte les yeux.
Par la portière, au lieu des bonnes vaches de par chez nous, on voit défiler quelques animaux de la grande faune africaine à commencer par le plus haut d’entre tous et certainement l’un des plus bizarres d’un strict point de vue morphologique et dirons nous vestimentaire. Non seulement la girafe a quelque chose d’un chameau qui culminerait à 5,80m, mais sa robe tachetée n’est pas sans rappeler celle du léopard ce qui lui a valu depuis l’antiquité jusqu’au Moyen-Âge d’être désignée par le vocable camelopardalis (chameau-léopard) lequel ne figure pas et c’est regrettable dans une tirade de Cyrano.
Hakuna matata
La place appartenait autrefois au fabuleux hippocampéléphantocamélos, disparu partout sauf au Kenya voisin. La girafe, discrète mais étonnante, élève son corps loin du sol. Pour irriguer sa hauteur, elle fait battre un cœur de dix kilos. Cet organe envoie jusqu’à soixante-seize litres de sang par minute. Elle double ainsi la pression sanguine des autres mammifères. Cet animal fascine par son ingéniosité naturelle. On quitte alors le Kilimandjaro derrière soi et on roule vers le cratère du Ngorongoro, merveille terrestre.
Des zèbres, des girafes, des zèbres, des girafes, tiens! des gazelles! Et puis, divaguant dans la savane alors que le soleil se fait déjà la malle, des jeunes Massaï revêtus de hardes noires et leurs visages enduits d’une pâte blanche qui ont l’air de zombies. Plus ou moins fraîchement circoncis (les filles sont excisées), ils ont été chassés du village. Pour quelques semaines ou quelques mois, ils doivent vivre en pleine nature le temps d’apprendre à se dépouiller des sentiments l’égoïsme et de fierté, avec l’obligation cependant de retourner au village pour participer à des cérémonies. (…)
