Népal - Montagnes au féminin

Népal – Montagnes au féminin

Solidarité paysanne

Cap à l’ouest, vers Pokhara en empruntant la route de tous les dangers. Grâce à une succession de miracles, aucun camion ne vient emplafonner notre voiture en se lançant dans un des ces dépassements de type suicidaire que notre code de la route interdit formellement. Sept heures à serrer les fesses en recommandant son âme à je ne sais qui, avant de bifurquer dans la vallée de la Seti au cœur du pays Gurung. Après une nuit dans le village de Ghachok, nous rallions à pied une poignée de villages dispersés dans la montagne. Autour des maisons ocre et blanches à boiseries bleues ou roses, des champs de blé, de maïs ou d’orge sont cultivés. Pieds nus dans la terre, des femmes bêchent. « Elles font partie d’un collectif et s’entraident, explique Anita, notre guide. Chaque jour elles se rendent sur le terrain de l’une d’elles pour travailler ensemble. C’est plus efficace. » (…)

L’agriculture, une activité réservée aux femmes au Népal

Si au Népal, l’agriculture est une activité réservée aux femmes, on s’étonne quand même de ne pas voir d’hommes. « Ils sont presque tous partis travailler à la ville ou dans les pays du Golfe, enchaîne Anita. La terre, même fertile ne suffit plus à nourrir la famille. » Livrées à elles-mêmes, les femmes croulent ainsi sous le double fardeau des tâches domestiques et des travaux agricoles sans jamais se départir de leur sourire doux et de leur regard bienveillant. Dans une petite maison où nous faisons une pause pour déguster les fameux momo (raviolis) et un dal bhat (riz aux lentilles accompagné d’un curry), Radha, 29 ans, vit seule avec ses deux enfants de 8 et 3 ans. « Mon mari conduit des camions sur des chantiers au Qatar depuis huit ans, raconte-t-elle. Il est payé 500 dollars par mois. Depuis qu’il est absent, je gère tout comme je peux, car je ne sais ni lire ni écrire. » Contraints de s’exiler pour travailler dans des conditions infernales, les hommes ont aussi quelques raisons de maudire leur sort. (…)

Accueil chez l’habitant dans les montagnes

À l’issue d’une grimpette à travers les plantations de thé, on atteint le village de Lwang sur le balcon des Annapurnas. Ici les femmes ont développé un accueil chez l’habitant qui profite à toute la communauté. Grâce à des aides de l’association de préservation des régions de l’Annapurna, elles ont pu aménager des chambres simples mais confortables dotées de douche et de toilettes collectives. Elles ont mis au point un système de tours entre elles, pour accueillir les marcheurs et préparer des repas succulents à base de dal bhat. « On fait à manger, on nettoie les chambres, c’est ce qu’on fait toujours, mais en plus on est payées », se félicite l’une d’elles. Réconfortées par ce début d’émancipation, on quitte le village le lendemain à l’aube. Nous voilà sur le chemin qui fait le tour des Annapurnas. Un grand classique pour les amateurs de treks et l’on comprend pourquoi quand en fin d’après-midi, depuis l’Australian camp, se déploie devant nous le plus grandiose des panoramas de l’Himalaya. Le Dhaulagiri, 8 167 m, l’Annapurna Sud (7 219 m), le Machapuchare (6 993 m), l’Annapurna I (8 091 m), l’Annapurna II (7 937), l’Annapurna IV (7 525 m) sont tous au garde-à-vous. Après avoir vu ça, on peut repartir légères, vers la région de Katmandou. (…)

En savoir plus dans A/R 46

Samdo Avenir (ONG Franco Népalaise d’aide aux communautés villageoises)

Photographe : Virginie Suères
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Écrit par
Sandrine Mercier
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