Crédit : Anouk Garcia
Crédit : Anouk Garcia

Un sexe pas si sauvage dans la jungle d’Amazonie

Crédit photo : Anouk Garcia

 

Ce n’est pas parce qu’on a en permanence le sexe des autres sous les yeux, qu’on fornique à tout va. Les anthropologues ont rapporté une multitude de pratiques sexuelles dans les tribus indigènes… mais on n’en connaît pas qui ressemble à ces communautés hippies où l’on fornique tous azimuts. Ça ne veut pas dire que les parties de jambes en l’air se limitent à la stricte monogamie. Par exemple, en Amazonie, chez les Indiens Mehinako (qui vivent au Brésil dans le parc du Xingu, au nord-est de l’État amazonien du Mato Grosso), l’anthropologue américain Thomas Gregor a établi que chaque adulte a en moyenne 2,6 amants en dehors de son mari ou son épouse*.  L’auteur y voit une justification sociale : le sexe serait un service rendu aux hommes par les femmes qui, en échange, reçoivent des cadeaux ou du poisson. Une sorte de prostitution ritualisée, en somme.

 

Fais ceci, fais cela

Les femmes peuvent aussi coucher avec plusieurs hommes… pour le bien du bébé. Chez les Canela (au Brésil aussi, au nord-est du bassin amazonien), une jeune fille est considérée comme mariée avec le garçon qui lui a fait perdre sa virginité. Ça ne l’empêche, quelques mois après le mariage, de coucher avec d’autres hommes. Mais seulement lors de cérémonies particulières, durant lesquelles plus d’une dizaine de mâles viennent honorer l’élue du jour. Le but étant de créer un réseau de pères possibles pour le bébé qui viendra, ce qui facilitera les liens sociaux et les soutiens dont bénéficiera l’enfant. Quant aux adolescents mâles, toujours chez les Canela, la façon dont ils perdent leur virginité est parfaitement ritualisée : c’est une femme ménopausée qui s’en charge ! Et ensuite, avant de choisir une femme, ils devront passer par une période totalement chaste, durant laquelle ils se réserveront à divers apprentissages, telle la chasse.

 

Fais pas ci, fais pas ça

Même dans la jungle, le sexe est régi par de nombreuses interdictions. Et pour ceux qui les violent, les punitions sont parfois terribles. Ainsi, chez les Apinayé (dans l’État du Tocantins, à l’est du Brésil), les garçons subissent une initiation qui comporte une phase de réclusion. Si, à ce moment-là, ils ont des rapports sexuels avec une fille, celle-ci est punie par un viol collectif. Cette horreur mise à part, les jeunes filles Apinayé auraient coutume, pendant l’amour, d’arracher les sourcils de leur partenaire avec les dents. Je ne sais pas si elles le font toujours, mais ça ne donne pas envie d’essayer.

Mate les valseuses !

Bref, le sexe peut prendre toutes sortes de formes dans les peuples indigènes. Mais il est toujours lié à des codes qui structurent la société. En tout cas, les Indiens d’Amazonie sont libérés de cette pudeur judéo-chrétienne qui oblige à masquer les organes sexuels. Et même lorsqu’ils portent une décoration à la taille, elle sert moins à cacher qu’à attirer l’attention. Par exemple, chez les Matsés, (qui vivent à la frontière du Pérou et Brésil), les hommes ne portent qu’une fine ceinture sous laquelle ils maintiennent leur pénis en position haute. Comme quoi, même à poil, il faut toujours rajouter un petit truc pour que le sexe se remarque encore plus.

1. Anxious pleasures : the sexual lives of an amazonian people, Thomas Gregor, University of Chicago press, 1985.

Photographe : Anouk Garcia
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Écrit par
Antonio Fischetti
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