Au Japon, l’érotisme à contre-sens

Sexuellement parlant, le Japon est l’une des destinations les plus dépaysantes. Vous vous en rendrez compte si, par exemple, vous zappez un soir sur la télé de votre hôtel de Tokyo. Vous risquez, comme en France, de tomber sur un film porno. Mais vous serez surpris de voir que les codes de l’érotisme sont quasiment inversés : alors que les organes génitaux et le moindre poil pubien sont soigneusement floutés, des situations extrêmes sont mises en scène sans vergogne : cire fondue versée sur des corps nus ligotés, entre autres… Et si vous vous aventurez dans un sex-shop, vous verrez bien pire : jeunes femmes recouvertes de sperme, ou jouant avec leur salive, ou même leur morve (et j’en passe – pour moins cher qu’un billet d’avion, l’internet vous donnera un aperçu de ce cinéma pour le moins original).

 

Le sexe, descendu des dieux

Pour comprendre le statut si particulier du sexe au Japon, le mieux est de demander à Agnès Giard, spécialiste de la question. Il faut d’abord savoir qu’au Japon, le sexe renvoie à une origine divine. « On considère que le monde a été créé par l’union d’un homme et d’une femme». Faire l’amour c’est donc « se rendre l’égal des dieux » dans la société shintoïste. De plus, au plan mythologique, le sexe met en contact avec des forces lumineuses autant que sombres, et « c’est ce côté sombre que l’on apprend à gérer en le visualisant ». C’est sous cet éclairage qu’il faut voir l’absence de tabous dans les représentations sexuelles. Quant au – paradoxal – interdit sur les poils et les organes génitaux, pour Agnès Giard, « il n’est pas d’origine japonaise, mais il a été mis en place par l’occupation américaine des années 1950 ».

 

 

Des émotions dissimulées

Cela dit, il y a quand même des tabous au Japon : ce sont les émotions. Il convient de ne pas les montrer. Mais qui dit tabou dit transgression, et c’est ce qu’exprime encore la pornographie, poursuit Agnès Giard : « alors qu’en Occident, le mot clé c’est « prends moi », au Japon, c’est « j’ai honte ». L’image la plus transgressive n’est donc pas une pénétration en gros plan, mais un visage féminin exprimant la pudeur offensée.
Le sexe au Japon doit aussi se comprendre dans le cadre d’une société particulièrement hygiéniste. Les Japonais se saluent à distance et se promènent dans la rue avec un masque sur la bouche… Et à côté de ça, que courent-ils acheter dans les sex-shops ? Des petites culottes féminines usagées !

 

Discrétion de mise

On l’aura compris, le trash du X est le miroir d’une grande retenue dans les rapports sociaux. Pour ne pas faire trop mauvaise figure, Agnès Giard conseille de : « ne pas parler trop fort, ne pas bouger les bras dans tous les sens, et finir entièrement son bol de riz ». En somme, discrétion (si vous voulez draguer, vous aurez plus de chances d’arriver à vos fins en jouant du regard qu’en étant grande-gueule) et hygiène (sachez qu’éternuer dans sa main ou se moucher bruyamment est presque aussi impoli que péter à table). La discrétion reste d’ailleurs de mise au lit, puisqu’il est de bon ton de ne pas exprimer trop bruyamment le plaisir. Surtout pour les femmes.

Deux livres d’Agnès Giard à lire absolument avant d’aller au Japon : L’imaginaire érotique au Japon, chez Albin Michel, et Dictionnaire de l’amour et du plaisir au japon, aux éditions Drugstore.

 

© photo de une :DR

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Écrit par
Antonio Fischetti
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